La guerre
Je n’ai jamais connu la guerre. Je suis issu d’une génération privilégiée. Né au bon moment. Né au bon endroit.
Mes parents l’ont connue.
Mon père, né en 1939, ne pouvait pas savoir, au moment de fêter son cinquième anniversaire, ce que c’était que la paix.
Ma mère, née en 1944, a bien failli ne pas être ma mère. Ses frères et sœurs, dans leur précipitation, l’ont une nuit oubliée en courant se réfugier dans la cave. Les bombes ne sont pas tombées loin, une armoire a basculé sur son berceau. Ils étaient solides les berceaux, en ce temps là.
Comme tant d’autres de sa génération, mon père est allé en Algérie. On ne lui a pas demandé son avis… Il en est revenu, lui.
Je suis né quelques années après.
Mes grand parents ont connu deux guerres. Mes arrières grands parents ont connu deux guerres. Je pourrais continuer longtemps comme ça, si je le voulais.
Je l’ai dit : génération privilégiée.
Et pourtant…
Même si je n’ai pas connu la guerre, même si je ne l’ai pas vécue dans ma chair, ce que j’en sait me suffit largement.
Mais la guerre n’est pas un choix.
On fait la guerre- par défaut – parce qu’il est trop tard – parce que les autres options sont épuisées – parce que les décisions qu’il aurait fallu prendre à temps n’ont pas été prises – parce qu’à un moment le courage à manqué.
Parce que les puissants ont manqué de courage. Parce qu’ils n’ont pas su écouter. Parce qu’ils croyaient savoir. Parce qu’ils étaient bien trop arrogants pour reconnaître qu’ils s’étaient trompés.
Alors ils en envoient d’autres se faire tuer.
C’est compliqué la paix.
Ça demande du courage, de l’écoute, du respect.
Alors que c’est si simple la guerre.
Il y a les gentils, il y a les mauvais.
Et puis, il y a tant d’argent à gagner…
